Un tournant historique pour la régulation des cryptomonnaies aux États-Unis ? Le président de la SEC, Paul Atkins, annonce le projet Crypto

Sécurité
Mis à jour: 03/07/2026 09:19

3 juillet 2026, Paul Atkins, président de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis, a prononcé un discours au Economic Club de New York, dévoilant officiellement une initiative stratégique intitulée « Project Crypto ». Cette annonce ne constitue pas un événement isolé, mais l’aboutissement d’une série d’ajustements réglementaires depuis la prise de fonction d’Atkins à la tête de la SEC en 2025.

Dans son discours, Atkins a clairement indiqué que la SEC répond à l’appel du président Trump visant à « faire de l’Amérique la capitale mondiale de la cryptomonnaie ». Toutefois, au-delà du slogan politique, c’est le changement de paradigme réglementaire qui mérite l’attention. Atkins lui-même qualifie l’initiative de « pas historique », avec pour objectif central de moderniser les règles afin de faciliter la migration des marchés vers la blockchain.

Pour saisir pleinement la portée de ce changement, il convient de revenir sur l’approche réglementaire de la SEC à l’égard des crypto-actifs au cours de la dernière décennie. Depuis son premier avertissement sur les tokens DAO en 2017 jusqu’à une série de mesures coercitives à l’encontre de grandes plateformes et émetteurs de cryptomonnaies dans les années 2020, la SEC s’est longtemps appuyée sur un modèle de « régulation par l’application de la loi » pour encadrer l’expansion du secteur. L’introduction de Project Crypto marque une révision systémique de cette approche.

D’une régulation fondée sur l’application à une logique basée sur la règle

Ce changement de paradigme réglementaire ne relève pas seulement de l’affichage, mais s’appuie sur des données concrètes et une logique de politique publique.

Concernant l’application de la loi, la SEC a initié 456 procédures coercitives au cours de l’exercice fiscal 2025, dont 303 affaires indépendantes et 69 procédures de suivi. Ce chiffre représente une baisse de près de 30 % par rapport aux 431 affaires indépendantes de l’exercice précédent. Plus significatif encore, le rapport d’application de la SEC publié en avril 2026 reconnaît que les 95 procédures engagées contre des entreprises crypto depuis l’exercice 2022 n’ont pas apporté de bénéfices directs aux investisseurs. Par la suite, la SEC a retiré sept actions en cours contre des acteurs majeurs du secteur.

Atkins a abordé ce point directement dans son intervention : « Il ne s’agit pas d’une faveur faite à l’industrie, mais de ce qu’exige le fonctionnement normal des marchés : des règles claires, appliquées de manière égale à tous. » Cette déclaration repositionne la logique réglementaire, passant de la « sanction des infractions » à « l’établissement de règles ». La différence fondamentale réside dans le fait que la régulation par l’application s’appuie sur la responsabilité a posteriori, alors que la régulation par la règle vise à instaurer une clarté en amont.

L’impact de ce changement s’observe déjà dans les chiffres. Au premier semestre de l’exercice 2026, la SEC n’a engagé que cinq actions coercitives contre des sociétés cotées, soit une légère hausse par rapport aux trois cas du second semestre 2025, mais l’activité globale demeure à un niveau historiquement bas.

Comment le système de classification des actifs numériques résout une impasse de dix ans

L’élément le plus opérationnel de Project Crypto réside dans la création d’un système unifié de classification des actifs numériques.

Le 17 mars 2026, la SEC et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ont conjointement publié un document d’interprétation répartissant les crypto-actifs en cinq grandes catégories. Ce système de classification repose sur les quatre critères du Howey Test, offrant ainsi un cadre d’analyse systématique.

La première catégorie, les « Digital Commodities », désigne les actifs dont la valeur découle du fonctionnement programmatique de systèmes crypto fonctionnels et de l’offre et la demande du marché. Le document liste explicitement plus de 18 tokens — dont BTC, ETH, SOL, XRP, ADA et DOGE —, reconnaissant que leur rentabilité ne dépend pas des « efforts managériaux d’autrui ».

La deuxième catégorie, les « Digital Collectibles », englobe les NFT et meme coins tels que CryptoPunks et WIF, dont la valeur repose sur une dimension artistique, de divertissement ou culturelle.

La troisième catégorie, les « Digital Utilities », inclut des actifs comme les domaines ENS ou les billets d’événements, qui remplissent une fonction utilitaire plutôt qu’un objectif d’investissement.

La quatrième catégorie, les « Payment Stablecoins », est explicitement exclue de la définition des valeurs mobilières selon le GENIUS Act.

La cinquième catégorie, les « Digital Securities », regroupe les titres traditionnels tokenisés sous forme d’actifs numériques et constitue la seule catégorie considérée comme des valeurs mobilières.

L’avancée majeure de ce système de classification réside dans le fait que les quatre premières catégories ne sont pas considérées comme des valeurs mobilières. Cela signifie que la grande majorité des types d’actifs crypto existants — du Bitcoin aux stablecoins — ne relèveront plus automatiquement du périmètre réglementaire de la SEC. Pour le secteur, cela met fin à la principale incertitude réglementaire de la dernière décennie.

Pourquoi le mécanisme de détermination pré-lancement est une avancée pour la conformité

S’appuyant sur le système de classification, Project Crypto introduit un mécanisme de « détermination pré-lancement » — sans doute la composante la plus transformatrice du dispositif.

Grâce à ce mécanisme, les émetteurs d’actifs numériques peuvent solliciter la SEC avant le lancement d’un projet afin de déterminer si leur actif sera classé comme valeur mobilière et donc soumis à la réglementation de la SEC. Selon les mots d’Atkins : « Après des années d’incertitude, nous apportons enfin la clarté tant attendue par les émetteurs d’actifs numériques — afin que les investisseurs et entrepreneurs sachent, avant d’agir, si un actif sera considéré comme une valeur mobilière. »

La valeur ajoutée de la détermination pré-lancement est de déplacer la régulation de la « responsabilité a posteriori » vers la « clarté en amont ». Dans les dispositifs précédents, même les projets investissant massivement dans la conformité pouvaient être exposés à un risque réglementaire du fait de décisions rétroactives de la SEC. En théorie, le mécanisme pré-lancement élimine cette incertitude, permettant aux émetteurs de prendre des décisions dans un cadre juridique clair.

La mise en œuvre de ce mécanisme suppose des procédures opérationnelles et des standards d’examen adaptés. La SEC a annoncé la création d’un canal dédié aux demandes et d’une équipe d’examen pour garantir un retour rapide sur les requêtes pré-lancement. Toutefois, l’efficacité de ce mécanisme dépendra de deux variables clés : la rapidité de traitement et la cohérence des critères. Si les délais sont trop longs ou les standards sujets à interprétation, l’impact pratique pourrait rester limité.

Soutien institutionnel et impact de la migration des marchés vers la blockchain

L’objectif ultime de Project Crypto est de « faciliter la migration des marchés sur la blockchain ». Cette ambition se décline en deux volets : d’une part, la migration des actifs financiers existants vers les réseaux blockchain (c’est-à-dire la tokenisation d’actifs) ; d’autre part, le transfert de l’activité de trading de crypto-actifs vers des infrastructures on-chain.

D’un point de vue institutionnel, la réussite de cette migration repose sur trois piliers.

Le premier pilier est la sécurité juridique offerte par le système de classification. En excluant explicitement les quatre premières catégories de la définition de valeur mobilière, le dispositif pose un socle légal pour leur émission et leur négociation sur la blockchain.

Le deuxième pilier est le cadre de coordination réglementaire entre la SEC et la CFTC. Le 11 mars 2026, les deux agences ont signé un protocole d’accord historique visant à unifier les définitions, clarifier les responsabilités et réduire les chevauchements de supervision. Ce protocole identifie six priorités, dont la clarification des définitions de produits via des interprétations et réglementations conjointes, la modernisation des dispositifs de compensation et de marges, ainsi que la réduction des frictions réglementaires pour les plateformes doublement enregistrées.

Le troisième pilier concerne la réorientation des priorités en matière d’application de la loi. La SEC a indiqué concentrer ses efforts sur les cas de fraude, de manipulation de marché et de manquements à la confiance portant préjudice direct aux investisseurs, plutôt que d’utiliser l’application comme principal levier réglementaire. Ce changement réduit le risque réglementaire pour les projets conformes et diminue indirectement le coût institutionnel de la migration on-chain.

Parmi les secteurs bénéficiant de cette migration, la tokenisation des RWA (real-world assets, ou actifs du monde réel) apparaît comme le grand gagnant. Fin janvier 2026, la capitalisation de marché des RWA avait progressé de 41,1 % depuis la fin du troisième trimestre 2025, atteignant environ 23,7 milliards de dollars, les RWA adossés aux bons du Trésor américain représentant la part la plus importante (40,0 %). La clarification de la classification et le mécanisme pré-lancement de Project Crypto devraient accélérer la tokenisation des actifs financiers traditionnels.

Comment le cadre de coordination SEC-CFTC redéfinit les frontières réglementaires

Un défi structurel persistant dans la régulation des actifs numériques réside dans la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC. Un même actif pouvait être qualifié de valeur mobilière ou de marchandise selon les cadres réglementaires, générant des obstacles majeurs à la conformité pour le secteur.

L’un des piliers de Project Crypto est la création d’un mécanisme de coordination systématique entre les deux agences. En janvier 2026, l’initiative a été officiellement élevée au rang d’action conjointe SEC-CFTC. Paul Atkins, président de la SEC, et Michael Selig, président de la CFTC, pilotent ensemble l’élaboration d’un standard unifié de classification des actifs.

Le protocole d’accord signé en mars 2026 précise la feuille de route de cette coordination. Parmi les axes majeurs figurent : la clarification des définitions de produits par interprétation et réglementation communes, la modernisation des dispositifs de compensation et de marges, ainsi que la réduction des frictions réglementaires pour les plateformes et intermédiaires doublement enregistrés.

Concrètement, ce cadre de coordination permet d’attribuer clairement la compétence réglementaire sur les actifs numériques multi-catégories. Par exemple, une fois que le Bitcoin est classé comme digital commodity, l’autorité de supervision revient clairement à la CFTC ; les titres traditionnels tokenisés restent sous la supervision de la SEC. Cette clarification réduit les possibilités d’arbitrage réglementaire et pose un socle juridique pour le trading inter-chaînes et inter-catégories.

Qui bénéficie de la clarté réglementaire

L’impact de Project Crypto dépasse le simple ajustement réglementaire et concerne l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie crypto.

Pour les émetteurs d’actifs, le mécanisme de détermination pré-lancement élimine l’incertitude réglementaire avant le lancement, réduisant ainsi le risque juridique et les coûts de conformité. Pour les investisseurs, le système de classification offre une base plus claire pour évaluer la nature des actifs, facilitant l’analyse des risques dans les décisions d’investissement. Pour les plateformes de trading, un cadre réglementaire précis réduit les litiges de conformité liés à des classifications d’actifs ambiguës.

Plus largement, une clarté accrue pourrait redéfinir les flux de capitaux crypto à l’échelle mondiale. Atkins a souligné dans son discours que l’incertitude passée avait poussé l’innovation hors des États-Unis. L’un des objectifs de Project Crypto est de « ramener l’innovation crypto en Amérique ». En 2026, l’Amérique du Nord dominait le marché mondial des cryptomonnaies avec 35 % de parts, une position renforcée notamment par l’approbation des ETF Bitcoin et Ethereum au comptant. Si Project Crypto parvient à maintenir la clarté au niveau de la mise en œuvre, cela pourrait consolider davantage la part américaine sur le marché mondial.

Conclusion

Project Crypto, annoncé par Paul Atkins le 3 juillet 2026, marque un tournant systémique dans la régulation américaine des cryptomonnaies, passant d’une logique « fondée sur l’application » à une logique « fondée sur la règle ». En instaurant un système de classification des actifs numériques en cinq catégories, en introduisant un mécanisme de détermination pré-lancement, en promouvant la coordination SEC-CFTC et en réorientant les priorités d’application, le dispositif répond de manière structurée à l’incertitude réglementaire qui pesait sur l’industrie. Le système de classification exclut explicitement les digital commodities, digital collectibles, digital utilities et payment stablecoins de la définition de valeur mobilière, offrant ainsi un cadre légal à la grande majorité des actifs existants. Le mécanisme pré-lancement fait passer la régulation d’une logique a posteriori à une clarté en amont. Le cadre de coordination SEC-CFTC résout la question structurelle du partage des compétences. La migration on-chain et la tokenisation des RWA apparaissent comme les bénéficiaires les plus directs de ce dispositif. L’impact réel de Project Crypto dépendra de l’application cohérente des critères de classification, de l’efficacité du processus de revue pré-lancement et de l’avancée des réformes législatives.

Foire aux questions (FAQ)

Q : Quand Project Crypto a-t-il été annoncé ?

R : Paul Atkins, président de la SEC, a officiellement annoncé l’initiative stratégique Project Crypto lors d’un discours au Economic Club de New York le 3 juillet 2026. Atkins avait auparavant présenté l’initiative le 31 juillet 2025, puis détaillé son cadre le 30 juin 2026.

Q : Quelles sont les cinq catégories d’actifs numériques ?

R : Les cinq catégories sont les digital commodities, digital collectibles, digital utilities, payment stablecoins et digital securities. Les quatre premières ne sont pas considérées comme des valeurs mobilières ; seules les digital securities (titres traditionnels tokenisés) relèvent de la compétence de la SEC.

Q : Comment fonctionne le mécanisme de détermination pré-lancement ?

R : Les émetteurs d’actifs numériques peuvent solliciter la SEC avant le lancement d’un projet afin de savoir à l’avance si l’actif sera classé comme valeur mobilière et soumis à la réglementation de la SEC. Ce mécanisme vise à passer d’une régulation « a posteriori » à une détermination « en amont ».

Q : Comment la SEC et la CFTC coordonnent-elles la régulation ?

R : Le 11 mars 2026, la SEC et la CFTC ont signé un protocole d’accord pour unifier les définitions, clarifier les responsabilités réglementaires et réduire les chevauchements de supervision. Les deux agences ont également publié conjointement un document d’interprétation sur la classification des actifs numériques le 17 mars 2026.

Q : Quel impact Project Crypto a-t-il sur la tokenisation des RWA ?

R : La clarté du système de classification et le mécanisme pré-lancement de Project Crypto offrent une voie de conformité pour la tokenisation des actifs financiers traditionnels. Les RWA sont largement considérés comme l’un des principaux bénéficiaires de ce dispositif.

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