L’or au comptant a subi de fortes pressions vendeuses mardi 23 juin, approchant brièvement le seuil des 4 050 $ au cours de la séance. Au moment de la publication, les données du marché Gate indiquent un cours de l’or spot à 4 065 $ l’once, en baisse de 1,1 % sur les dernières 24 heures. L’argent a enregistré des pertes encore plus marquées. L’argent au comptant a clôturé en recul de 5,48 % à 61,53 $ l’once, atteignant ainsi un plus bas de trois mois. À un moment donné, l’argent a chuté de 5,8 %, testant le seuil des 60 $. Le ratio or/argent s’est envolé, accentuant la sous-performance de l’argent par rapport à l’or.
Cette vague de ventes sur les métaux précieux ne constitue pas un événement isolé. Les valeurs technologiques mondiales ont également enregistré de fortes baisses sur la même période : l’indice Philadelphia Semiconductor a reculé de 7,8 %, Micron Technology a perdu 13 %, ARM a cédé plus de 10 %. L’indice KOSPI sud-coréen a plongé de 10 % en une seule séance, entraînant une suspension de la cotation. Le Nasdaq a reculé de 2,2 % et le S&P 500 de 1,4 %. La baisse simultanée des actifs risqués et des valeurs refuges constitue un phénomène inhabituel qui mérite une analyse approfondie.
Comment la correction des valeurs technologiques a-t-elle contaminé le marché de l’or ?
À première vue, les actions technologiques et l’or appartiennent à des classes d’actifs différentes, régies par des logiques de valorisation distinctes. Pourtant, lors de ventes massives et croisées sur les marchés, un mécanisme de transmission lié à la « tension de liquidité » relie ces deux univers.
La correction brutale des valeurs technologiques américaines trouve son origine dans les craintes d’une surchauffe du rallye porté par l’IA. Lorsque les portefeuilles exposés aux valeurs technologiques accusent des pertes, les investisseurs doivent lever des liquidités pour répondre à des appels de marge ou combler des déficits. Dans ces moments-là, l’or—malgré son statut d’actif refuge—est souvent l’un des premiers actifs vendus, en raison de sa grande liquidité et de la facilité de sa conversion en cash.
Ce mécanisme est désigné sur les marchés comme « l’or devient la banque de sang de la liquidité ». La baisse de l’or en période de panique n’est pas inédite : à chaque choc de liquidité extrême, les investisseurs cèdent de l’or pour couvrir des pertes ailleurs dans leurs portefeuilles. Cette fois, le déclencheur a été la chute des valeurs technologiques, qui a provoqué une réaction en chaîne, sans que l’or ne présente de faiblesse fondamentale propre.
Parallèlement, l’indice du dollar américain a progressé pour la deuxième séance consécutive, clôturant à 101,37 et atteignant un plus haut d’un an. Un dollar plus fort renchérit l’or coté en dollars pour les acheteurs internationaux, ce qui pèse sur la demande. L’indice Bloomberg Dollar Spot a gagné 0,6 % cette semaine. Sous cette double pression, la formation des prix de l’or à court terme est dominée par les facteurs de liquidité et de change.
Comment les anticipations de hausse des taux de la Fed redéfinissent-elles la valorisation des métaux précieux ?
Si la correction des valeurs technologiques a servi de catalyseur immédiat, le déplacement des anticipations de politique monétaire de la Réserve fédérale constitue la pression structurelle de fond.
Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed, a prêté serment le 22 mai. Lors de la réunion du FOMC du 17 juin, le taux des fonds fédéraux a été maintenu dans la fourchette 3,50 %-3,75 %, mais le communiqué a réaffirmé que l’inflation restait supérieure à l’objectif de 2 % et a évoqué des chocs d’offre faisant grimper certains prix. Cette posture est plus significative que la simple question d’une « hausse immédiate des taux » : les paris du marché sur un pivot accommodant ont été balayés, au profit d’anticipations de taux durablement élevés et d’un risque ravivé de nouvelles hausses.
Les grandes banques d’investissement internationales ont relevé leurs prévisions de hausse des taux de la Fed à trois relèvements cette année. Bank of America anticipe une hausse de 25 points de base en septembre, octobre et décembre. Selon les données CME FedWatch, les opérateurs attribuent une probabilité de 51,2 % à une hausse en septembre et de 89 % à une hausse en décembre.
Pour les métaux précieux, cela implique une revalorisation des taux d’intérêt réels. Les taux réels représentent le coût réel de l’argent, une fois déduites les anticipations d’inflation. Lorsque les taux réels augmentent, les obligations et la trésorerie deviennent plus attractives, tandis que les actifs sans rendement comme l’or et l’argent supportent un coût de portage plus élevé. Le scénario qui permettait à l’or et aux semi-conducteurs liés à l’IA de progresser ensemble en 2025 est désormais mis à l’épreuve par une même variable macroéconomique : sous la présidence de Warsh, une Fed offensive redonne la main aux taux et au dollar pour la fixation des prix à court terme.
Que révèle la flambée du ratio or/argent ?
L’écart de performance entre l’or et l’argent constitue en soi un signal clé. L’or a clôturé en baisse de 1,97 %, tandis que l’argent a chuté de 5,48 %—soit une baisse près de trois fois supérieure pour l’argent.
Conséquence : le ratio or/argent s’est envolé. Vers le 10 juin, il a franchi 65,44, dépassant la fourchette des six dernières semaines (55-62). Au 24 juin, il évoluait au-delà de 66,50. Cette expansion indique que l’argent est désormais nettement sous-évalué par rapport à l’or.
Cette divergence traduit deux niveaux d’interprétation. D’abord, l’argent possède à la fois des attributs de métal précieux et de métal industriel. Dans un contexte de correction des valeurs technologiques et de craintes sur la conjoncture mondiale, la perspective d’une demande industrielle affaiblie pèse davantage sur l’argent que sur l’or. La chute des valeurs technologiques a d’ailleurs été accompagnée de reculs marqués sur des métaux comme l’étain et l’argent. Ensuite, une expansion rapide du ratio or/argent reflète souvent un sentiment de marché extrême : en cas de ventes massives et indiscriminées, l’or, très liquide, résiste mieux, tandis que l’argent, plus étroit et volatil, subit une pression vendeuse accrue.
Bitcoin et or en baisse : l’argument de la valeur refuge est-il remis en cause ?
Alors que les métaux précieux plongeaient, le marché crypto n’a pas été épargné. Les données du marché Gate indiquent un Bitcoin à 62 595 $, en recul de 2,1 % sur 24 heures. Sur la dernière journée, 2,544 milliards de dollars de positions ont été liquidées sur l’ensemble du réseau. Les ETF Bitcoin au comptant ont enregistré six semaines consécutives de sorties nettes, avec 6,4 milliards de dollars retirés en un mois—un record.
La baisse conjointe de l’or et du Bitcoin jette un doute inédit sur leur statut d’« actifs refuges ». Le dernier rapport de recherche de JPMorgan souligne que les investisseurs continuent de sortir des « paris contre la dépréciation monétaire », avec des allocations en or en repli et une accélération des sorties sur le Bitcoin.
Cependant, attribuer ce phénomène à une simple « défaillance de la valeur refuge » serait inexact. Une lecture plus précise consiste à dire : le marché est en train de revaloriser la liquidité. Lorsque les anticipations de liquidité sont accommodantes, or et Bitcoin profitent d’un dollar faible et d’une demande de refuge. Mais lorsque la liquidité se resserre et que les taux réels montent, ces deux actifs sont réévalués—non parce qu’ils ne seraient plus « sûrs », mais parce que le « coût d’opportunité » de leur détention augmente.
Le Bitcoin, avec sa cotation continue et sa liquidité profonde, figure parmi les actifs les plus faciles à liquider lorsque les investisseurs doivent lever rapidement des fonds. Cette « haute liquidité » constitue un atout en temps normal, mais peut se transformer en facteur de pression vendeuse lors de crises de liquidité. L’or obéit à une logique similaire : il n’est pas « abandonné », mais « mobilisé » pour couvrir des pertes ailleurs.
Après la perte des 4 100 $, sur quoi le marché se concentre-t-il ?
Le seuil des 4 100 $ représente un niveau psychologique et technique majeur pour l’or. Après avoir cassé ce niveau le 23 juin, les prix ont touché un point bas proche de 4 090 $. Les données Gate montrent une consolidation dans la zone 4 050–4 100 $. Une fois les 4 100 $ franchis à la baisse, le marché ne se contente plus d’une simple correction technique : il observe si l’or va tester formellement le support des 4 000 $.
L’importance du seuil des 4 000 $ tient à la fois à sa dimension psychologique de chiffre rond et à sa reconnaissance par de nombreux acteurs comme zone de soutien clé pour la correction en cours. Si ce seuil venait à céder nettement, la question ne serait plus « jusqu’où la baisse ? », mais si la correction pourrait dégénérer en chute brutale. Le précédent rallye de l’or a laissé d’importants profits latents et de lourdes positions ; si ce niveau cède, les stop-loss à court terme, la réduction d’exposition des fonds de tendance, les sorties des ETF et la pression sur les marges pourraient se conjuguer.
Cela ne signifie pas pour autant que la thèse haussière de long terme sur l’or soit remise en cause. Les achats des banques centrales et la demande d’allocations non liées au crédit restent des moteurs fondamentaux. Mais à court terme, l’évolution des prix sera dictée par la liquidité et la gestion du risque—la confiance du marché dans « l’or comme actif défensif » est mise à l’épreuve.
Résumé
La cassure des 4 100 $ sur l’or et la chute de l’argent à un plus bas de trois mois traduisent fondamentalement un mouvement de revalorisation croisée entre marchés, déclenché par la correction des valeurs technologiques, amplifié par les anticipations de hausse des taux de la Fed, et transmis via les tensions de liquidité. La baisse simultanée des actifs risqués et des valeurs refuges ne signifie pas que la logique refuge est définitivement invalidée ; elle illustre qu’en environnement macroéconomique marqué par la force du dollar et la hausse des taux réels, la liquidité s’impose comme le facteur déterminant des prix à court terme. L’élargissement brutal du ratio or/argent et la pression concomitante sur le Bitcoin confirment que le marché est passé d’une logique de « valorisation refuge » à une logique de « valorisation de la liquidité ». Le seuil des 4 000 $ sera le principal repère pour jauger l’ampleur de la correction.
FAQ
Q : L’or n’est-il pas un actif refuge ? Pourquoi baisse-t-il quand les actions chutent ?
L’or possède effectivement des qualités de valeur refuge en conditions de marché normales. Mais lors de chocs de liquidité extrêmes—comme des appels de marge massifs ou des liquidations croisées forcées—les investisseurs vendent tout ce qui peut être converti en cash, y compris l’or. Dans ces moments, l’or agit davantage comme « source de liquidité » que comme « destination refuge ».
Q : Pourquoi l’argent a-t-il chuté beaucoup plus que l’or ?
L’argent cumule des caractéristiques de métal précieux et de métal industriel. Lorsque la correction des valeurs technologiques alimente les inquiétudes sur la conjoncture mondiale, la perspective d’une demande industrielle affaiblie pèse davantage sur l’argent. De plus, le marché de l’argent est plus étroit et moins liquide que celui de l’or, ce qui accentue la volatilité lors des ventes paniques.
Q : Bitcoin et or ont tous deux baissé—cela remet-il en cause l’argument refuge des cryptos ?
Le récit du Bitcoin comme « or numérique » fonctionne en période de liquidité abondante, mais lorsque la liquidité se resserre, sa forte volatilité et l’absence de valeur intrinsèque le font réagir davantage comme un actif risqué. Cette correction simultanée reflète avant tout l’impact généralisé des tensions de liquidité, et non l’échec d’un seul argument d’actif.
Q : L’or va-t-il casser le seuil des 4 000 $ prochainement ?
Les 4 000 $ constituent un support psychologique et technique largement surveillé. Son franchissement dépendra des signaux de la Fed, de la vigueur du dollar et de l’éventuelle propagation de la correction des valeurs technologiques. À court terme, le prix sera piloté par la liquidité et la gestion du risque, et non par les fondamentaux de long terme.
Q : Comment les investisseurs doivent-ils appréhender la logique de valorisation des métaux précieux dans le contexte actuel ?
À court terme, les taux d’intérêt réels et l’indice du dollar sont les variables clés pour la valorisation de l’or ; à moyen terme, les achats des banques centrales et les risques géopolitiques constituent un plancher ; à long terme, la demande d’allocations non liées au crédit reste un moteur structurel. Ces facteurs peuvent entrer en conflit selon l’horizon, d’où l’importance de les analyser séparément.




